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Hommage à Ferdinand LANCESSEUR (1830-1884)
et à sa famille

​Bâtisseurs des Forts du Mont de Berru
et entrepreneurs d'exception

      Dès la fin du XVIIIᵉ siècle, plusieurs de nos aïeux se spécialisent dans l’entretien des chemins, alors fort abîmés par le passage incessant des charrois et le transport des matériaux. Bien avant l’arrivée du chemin de fer, ces artisans du quotidien assuraient déjà la réparation et l'amélioration des routes sur lesquelles reposait l’activité économique locale.

D’après l’historien Pierre Duchemin, ce savoir‑faire serait même devenu une véritable spécialité à Saint‑Étienne‑du‑Rouvray, leur commune d’origine.

Le métier de base est alors celui de terrassier, souvent payé à la journée. Certains, habiles et ambitieux, se perfectionnent : ils deviennent paveurs, puis maîtres‑paveurs, capables de tailler les pierres aux formes les plus complexes.

Pour quelques‑uns d’entre eux, la maîtrise de la taille de pierre ouvre de nouveaux horizons — ceux de la construction et de l’architecture.

 Ferdinand LANCESSEUR et son épouse Sophie LELEU vers 1883

La Société LANCESSEUR & Cie

 

Sous le Second Empire naissant, Ferdinand franchit une étape décisive. En 1854, à 24 ans, il se rend à Paris pour étudier une innovation majeure : "l'asphalte coulé" qui commence à recouvrir les avenues de la capitale. Fort de ce savoir, il fonde à 24 ans l'entreprise de Travaux Publics LANCESSEUR & Cie. La société se spécialise alors non seulement dans le traditionnel pavage des routes mais aussi dans l’application d’asphalte et la construction en pierres meulières.

Son premier succès commercial est le gain d'un appel d'offres pour la construction du mur d'enceinte du cimetière communal de Saint-Étienne-du-Rouvray (  Pierre Duchemin : Histoire de Saint-Etienne-du-Rouvray)

Fondation de sa famille et développement de son entreprise

 

En 1857, Ferdinand recrute Jules Leleu, un jeune apprenti apprenti comptable finissant ses études. Une amitié profonde se noue entre eux. Lorsque Jules lui présente sa sœur, Sophie-Louise, âgée de 19 ans Ferdinand et Sophie tombent amoureux.Ils se marieront le 21 septembre 1858.

De cette union naîtront quatre enfants qui comptent peut-être chers lecteurs parmi vos ancêtres : Ferdinand-Jules (1860), Edmond-Eugène (1861), Marie-Louise (1862) puis la petite dernière Berthe (1875).

Initialement installés sur la rive gauche de Rouen, ils déménagent rue Danguy, sur la rive droite, pour s'adapter à cette famille grandissante.

Parallèlement, entre 1858 et 1870, l'entreprise prospère en remportant de nombreuses adjudications au rabais, à soumissions cachetées  ou à « folle enchère » dans tout le département, notamment pour l'extension du port du Havre comme en témoigne le "Journal de Rouen".

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C'est au sein de cette lignée que naît Ferdinand Lancesseur, le 24 octobre 1830, fils de Thomas Lancesseur, maître paveur et de Marie-Louise Deleau. Il est l'aîné de sa fratrie, avec sa soeur Anastasia, et son jeune frère François.

Ferdinand s'imprègne très tôt du métier en aidant son père dans la petite structure économique familiale d'entretien des routes.

En 1843 à l'âge de 13 ans, il est témoin d'un tournant historique : l'inauguration de la ligne de chemin de fer Paris–Rouen. Ce progrès technique, qui place désormais Paris à seulement quatre heures de Rouen, lui fait prendre conscience que le monde est en pleine mutation.

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Article du Journal de Rouen - avril 1866

La guerre de 1870 vient contrarier cet essor. Durant l'hiver 1871, alors que l'occupation prussienne atteint Saint-Étienne-du-Rouvray, Ferdinand est contraint d’arrêter ses chantiers pour dissimuler son matériel et éviter les réquisitions de l'ennemi. De toute façon tous les jeunes ouvriers ont été mobilisés sous les drapeaux.

Dès le retour de la paix en 1871, l'activité reprend de plus belle. L'entreprise jouit désormais d'une excellente réputation qui dépasse désormais les frontières de la Seine-Inférieure. Le succès repose sur le duo complémentaire formé par Ferdinand Lancesseur et Jules Leleu, alliant un savoir-faire technique, la prise de risque et une grande rigueur administrative.

Et c'est alors ...L'incroyable ruée vers l'Est !

 

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Le Fort de Nogent-l'Abbesse

À cette époque d'après-guerre, l’État, en manque de liquidités, autorise beaucoup d'entreprises à émettre leur propre monnaie pour rémunérer leur personnel.

Même certaines "maisons closes" en éditaient !
LANCESSEUR & Cie crée ainsi des "jetons de nécessité" pour payer les ouvriers sur les chantiers : une sorte d’ancêtre du ticket‑restaurant. Ces jetons pouvaient être échangés chez les commerçants locaux, contribuant encore à la vitalité économique des villages ( photo ci-contre)

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Sous la IIIᵉ République, la France qui a perdu la guerre, est amputée de l’Alsace et de la Lorraine et de sa frontière naturelle du Rhin. Elle doit repenser sa défense. Un vaste programme de fortifications est lancé, sous la direction du général Séré de Rivières, dans l’Est du pays.
Les appels d’offres publics attirent les meilleures entreprises de travaux. Forte d’une réputation d’excellence, LANCESSEUR & Cie en remporte trois majeurs, entre 1875 et 1879 , pour la construction de

  • la double batterie du Mont de Berru,

  • le fort de Nogent‑l’Abbesse,

  •  le fort de Witry‑lès‑Reims.

Ce sont des chantiers immenses et un défi colossal. Les délais sont serrés, les pénalités en cas de non respect du cahier des charges ou de retard sont faramineuses.

Mais Ferdinand, désormais entrepreneur aguerri, relève le pari avec la ténacité qui le caractérise.
Pour suivre les chantiers, il s’installe à Reims, au 7 rue de la Renfermerie, C'est à cette adresse en 1875 que naîtra Berthe Elisa Lancesseur sa dernière fille. et que grandissent Ferdinand‑Jules et Edmond , devenus quelques années plus tard ingénieurs et conducteurs de travaux.

Les recensements de 1876 témoignent de l’ampleur du chantier : soixante ouvriers travaillent au fort de Witry‑lès‑Reims et plus de deux cents à Berru et Nogent‑l’Abbesse. Certains viennent avec leur famille et s’installent dans des cantinements près des travaux. Les villages alentour vivent alors au rythme des chantiers ; l’économie locale prospère grâce à ce nouvel afflux de travailleurs.

Un monnaie LANCESSEUR & Cie

 

 

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Les travaux du Fort débutent le 1ᵉʳ novembre 1875 et s’achèvent en mars 1881, dans les délais prévus.Bien évidemment l’entreprise LANCESSEUR & Cie sort encore considérablement renforcée  du succès de la réalisation de ces chantiers titanesques, tout comme d'ailleurs la fortune familiale !

Pour s'en convaincre il suffit de lire le Journal de Rouen du 12 mai 1881 qui fait état de l'acquisition par Ferdinand d'une belle propriété, 9, rue Bihorel au centre de Rouen, planté d'arbres fruitiers, maison, écurie et dépendances !

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Ferdinand LANCESSEUR décèdera  trois années plus tard, le 22 décembre 1884 à l’âge de 54 ans.
Sa femme et ses enfants hériteront alors d’un patrimoine qu'on imagine substantiel.

Mais l'histoire de la famille

et du Fort de Nogent-l'Abbesse

ne s'arrête pas avec le décès de Ferdinand

 

 

Son fils Edmond LANCESSEUR ingénieur et conducteur de travaux à la fin de la construction des Forts, réinvestit son capital au Maroc dans des mines de fer. En Martinique,il s’associe avec le Baron Pierre Daniel Jullien de Saumery pour la culture et la transformation de l’ananas. Ils fondent la marque de jus de fruits Royal, encore existante aujourd’hui.

Il s’investira aussi dans la société du Vélodrome rouennais dont il est président en 1995.

Il crée enfin une filature de laine à Caudebec-lès-Elbeuf , commune dans laquelle il se marie le 26 juin 1893 avec Louise MOUCHARD avec laquelle il aura deux enfants ( Pierre, mort pour la France en 1917, et Paul)

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​Ferdinand Jules LANCESSEUR, l'aîné ( ci-contre en 1914)  reprend quant à lui la société de travaux publics et poursuit son activité, principalement en région rouennaise. Il investit également dans une briqueterie et des travaux portuaires.

Il épouse Louise Gaillard à Rouen en juin 1885 avec laquelle il aura 6 enfants (Fernand, André, René, Robert , mort pour la France en 1916, Marie-Thérèse et Jean)
Sa position importante dans le milieu rouennais de la construction  déterminera sans doute l’avenir de son fils André LANCESSEUR, qui embrassera la profession d'architecte, métier que perpétuera plus tard aussi son petit‑fils Yves LANCESSEUR.

QU'EST DEVENU LE FORT DE NOGENT - L'ABBESSE ?

Le fort a été occupé par l'armée allemande dès le début de la grande guerre et bombardé par l'armée française pendant quatre ans.

Après guerre il a servi de carrière de pierres pour la reconstruction des maisons voisines, et est resté la propriété de l'état comme domaine militaire.

Le fort a été racheté en 2016 par une coopérative de vins de Champagne !

La partie la plus récente a été réhabilitée afin de pouvoir y stocker des bouteilles dans les 15 anciennes soutes à munition : cela permet à la coopérative de jouir d’une prestation de logement de 4 800 000 bouteilles.​

La partie la plus ancienne est quant à elle gérée par l’Association des Amis du Fort de Nogent-L’Abbesse.

Cette dernière compte 281 adhérents dont 135 membres actifs, qui œuvrent régulièrement à la remise en état du site. Chacun s’investit comme il le peut, en aidant aux travaux sur place, en apportant les connaissances historiques ou en étant sympathisant.

L’association est gérée par un conseil d’administration constitué d’un collège d’administrateurs de la coopérative et d’un collège d’adhérents à l’association et à la coopérative, présidés par Monsieur Daniel Quantinet.

L’association se réunit tous les premiers samedis du mois sur le site du fort pour y travailler et partager ensuite un repas.

Si vous souhaitez en faire partie, vous êtes les bienvenus, il vous suffit de remplir ce bulletin d’adhésion et de le retourner à la coopérative. Vous pourrez ainsi visiter cette construction colossale !

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Stockage de bouteilles de champagne dans le fort
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« En ce 20 février 2026, j'ai été accueilli avec les plus grands honneurs au fort de Nogent-l'Abbesse en tant que représentant de la famille de Ferdinand Lancesseur. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Président et aux cadres de l’Association des Amis du Fort, ainsi qu’à ceux de la coopérative champenoise, pour leur accueil exceptionnel.

C’est grâce aux précieux ouvrages offerts lors de cette visite que j'ai pu me replonger dans mes propres archives et rédiger ces lignes avec une émotion particulière. Imaginez-vous reprendre un puzzle complexe et soudain découvrir les pièces essentielles qui vous manquaient : c’est précisément ce que ce moment et ces documents m’ont permis d’accomplir. »

 

 

En guise de conclusion provisoire à cette histoire fantastique !

 

 

Beaucoup de questions demeurent sans réponse : comment et pourquoi cette entreprise rouennaise  a-t-elle répondue à des appels d'offres pour des travaux dans la Marne si éloignés de Rouen ? Quelle était la taille de LANCESSEUR et Cie lors de ces  appels d'offres ? Comment était-elle organisée et combien de membres de la famille y étaient employés ? Comment cette entreprise avait-elle une trésorerie suffisante pour initier ces travaux ?

Et aussi et surtout pourquoi n'a-t-on jamais entendu parlé dans notre famille de cette incroyable épopée jusqu'à présent ?

Aurons-nous un jour les réponses?

En tout cas, en un siècle, la famille de Ferdinand LANCESSEUR est passée de paveurs à bâtisseurs, ingénieurs, industriels et architectes, s'adaptant aux défis de la "verticalité .

Cette merveilleuse histoire familiale illustre l'évolution des métiers du bâtiment, mais surtout la persévérence, l'ambition et l'esprit entrepreneurial qui ont permis à cette famille de construire sa propre "ascension".

C'est un exemple remarquable d'élévation sociale par le travail , la prise de risque, et l'innovation, dont nous pouvons être fiers et que devons préserver et donc transmettre !

Sources : Livre "Sorti de l'oubli"  association des amis du Fort de Nogent l'Abbesse - Le Journal de Rouen - Manuscrits d'Edmond Lancesseur - lettre de V. HERELLE habitant Archives de Boos - Ph Vourch Sté Denel Martinique - Généanet - Fonds d'archives de Bruno Lancesseur

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Dernière mise à jour: 1er mars 2026

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 Bruno Lancesseur - 3, Chemin de Machefer - 41700 Cour-Cheverny 

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