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L'épopée industrielle de deux frères
durant la deuxième moitié du XXème siècle

Bernard et François LANCESSEUR

Le succès industriel des deux frères, Bernard et François LANCESSEUR, est celui né autour de quelques idées simples qui ont résolu plusieurs problèmes de conditionnement des laboratoires pharmaceutiques de l'époque. Elles sont encore appliquées aujourd'hui. Ce succès s’inscrit dans la lignée de la réussite entrepreneuriale de Ferdinand LANCESSEUR leur arrière-grand-père.

La deuxième guerre mondiale a interrompu les études de Bernard et François. Ils ont 19 et 20 ans en 1940. Après un après-guerre difficile, Bernard, qui a l'esprit créatif, tente en vain sa chance en dessinant des robes pour la Maison de couture Jacques Fath, modiste célèbre de l’époque!

Mais c'est finalement vers l’industrie que les deux frères vont se tourner...

1952 - Le pari du rachat d’une petite entreprise

En 1952, Bernard et François LANCESSEUR avec l’aide et les conseils de leur père Fernand, alors âgé de 66 ans, saisissent l'opportunité de racheter une petite entreprise en difficulté. Son activité principale consiste alors à vendre des sachets en papier contenant du gel de silice déshydratant destinés principalement à la confiserie.

À l’époque, les réclamations clients se multiplient : les sachets sont fragiles, se déchirent et libèrent souvent leur contenu de gel de silice* au milieu des bonbons. L’avenir de la société semble bien sombre.

Bernard LANCESSEUR 1920 - 1995
Créatif, rigoureux,influent
sachets.png
François LANCESSEUR 1921- 2002
Stratège, homme d'affaires d'exception
Sachets déhydratants destinés essentiellement à l'époque à la confiserie
Une cartouche de chasse contenant des billes de plomb sertie avec une rondelle de carton

1958: La diversification décisive de l'entreprise vers

le secteur pharmaceutique

 

À la fin des années 1950, Bernard et François adaptent leur technologie au secteur pharmaceutique en créant le premier « bouchon à réservoir déshydratant ». Il s’agit simplement de transformer la capsule en un bouchon adapté à l’obturation du flacon de verre ou d’un tube pharmaceutique.

Les laboratoires, confrontés à l'instabilité de produits comme l'aspirine, les antibiotiques ou les comprimés effervescents, trouvent là une solution miracle.

Le bouchon déshydratant résout simultanément trois défis majeurs :

Il stoppe l’hydrolyse des principes actifs en capturant l'humidité.

Il empêche les comprimés de gonfler ou de s'effriter.

Il élimine le risque d’ingestion accidentelle des anciens sachets de silice tout en remplissant la fonction de bouchage hermétique

1960: Le succès et l'alliance avec les laboratoires

Le succès du bouchon déshydratant est immédiat. Grâce au sens commercial et relationnel de François, les commandes affluent, notamment de la part du géant de la chimie de l’époque Rhône-Poulenc. Cette collaboration fructueuse permettra d'aller encore plus loin avec notamment le dépôt d'un brevet emblématique par Bernard : le bouchon déshydratant à spirale, qui assure en plus de ses fonctions initiales le maintien mécanique des comprimés dans le tube.

1955: L’idée originelle de la réussite, la cartouche de chasse !

Grâce à l’essor naissant des techniques de moulage des polymères, les frères LANCESSEUR ont une idée visionnaire : remplacer le sachet en papier par une capsule en plastique rigide.

Le concept est simple : Une capsule plastique moulée, remplie de gel de silice qu’ils vont conditionner eux-mêmes et fermer par sertissage d’une rondelle en carton.

Ce sont les cartouches de chasse de l’époque dont le tube en carton contenaient les billes de plomb retenues par un sertissage en carton qui leur ont donné cette idée !

Cette invention, protégée par plusieurs brevets qu’ils déposent, marque le début de leur succès. Ils investissent rapidement dans leur nouvel atelier de Choisy-le-Roi, 6, rue Thiers.

Ils achètent les capsules plastiques à l’extérieur et les conditionnent à la main.

La société AIR-SEC, dont le nouveau logo arbore un superbe dromadaire (symbole de la capacité à supporter la déshydratation) est née !

Une capsule déshydratante moulée en plastique contenant du gel de silice sertie avec une rondelle en carton comme
la cartouche de chasse
Le gel de silice(1)
Bouchon déshydratant  à compensation dit :"à spirale" breveté LANCESSEUR

1961:Une première usine à Romorantin dans le Loir & Cher et l'excellence technique

 

En 1961, le succès est tel que la capacité de l’atelier de Choisy-le-Roi, resté manuel, ne satisfait plus la demande.; Bernard et François décident d’installer une véritable usine en province. et de mouler eux-mêmes les capsules et les bouchons, mais ou s’installer ?

Le choix de la petite ville de Romorantin en Sologne est finalement fait et se justifie pour cinq raisons :

Elle est située au centre de la France.

Il existe de vastes locaux immédiatement disponibles dans l’ancienne draperie des établissements « Normant » qui a fermé ses portes quelques années plus tôt.

Il y a aussi sur place une excellente main d’œuvre industrielle, disponible et motivée pour retrouver un travail depuis la fermeture des établissements Normant.

Enfin des conditions fiscales attractives sont offertes par la municipalité.

A titre subsidiaire, les deux frères ont un amour et un souvenir nostalgique de la Sologne ou ils ont chassé avec leur père (2) avant guerre…

Dans ces conditions, Bernard et François décident de se répartir les rôles. Bernard assurera la Direction industrielle à Romorantin et François la Direction commerciale et financière à Choisy -le-Roi. Ils s‘informent quotidiennement par téléphone de l’avancée de leurs travaux en respectant chacun leurs fonctions.

Porte principale des anciens Etablissements Normant à Romorantin

NDLR : Le choix géographique de Romorantin est d’ailleurs simultanément celui d’une autre entreprise notable : la société René Bonnet qui s’installe  pour construire la fameuse voiture de course « Djet » ( photo ci-contre) laquelle sera victorieuse au « 24 heures du Mans » en 1963.René Bonnet cédera sa société à Matra en 1964.

Cette ville de Romorantin deviendra ainsi le théâtre de leur succès industriel européen qui durera plus de 40 ans , avec ces deux plus gros employeurs AIR-SEC et MATRA !

La voiture de course "Jet" René Bonnet construite dans l'atelier voisin d'AIR-SEC en 1963

1970 – 2000 : La consécration d'AIR-SEC

 

Avec cette nouvelle capacité de production, les marchés des grands laboratoires de l’époque comme UPSA, Cyba & Geigy, Sandoz… s’ouvrent à la société AIR-SEC.

L'entreprise se distingue par une autonomie technologique rare : les machines de conditionnement sont si spécifiques que Bernard LANCESSEUR décide de les concevoir et de les construire en interne pour pouvoir mieux les améliorer. Les cadences de fabrications augmentent ainsi chaque année avec les commandes.

Par ailleurs les frères ont acquis une excellence technique dans l’art de l’injection plastique. Ils sont pionnier européen comme par exemple dans la réalisation du moulage du bouchon de sécurité « childproof » inventé en 1967 par le canadien Henri Breault.

Durant les années 1970 la presse spécialisée telle que L'Usine Nouvelle ou Emballage Magazine consacre AIR-SEC et le groupe LANCESSEUR comme une « entreprise de pointe ». Véritable fleuron de l'emballage pharmaceutique, la société parvient à l’époque à surpasser ses concurrents nationaux et européens.

Des millions de bouchons sont fabriquées chaque mois dans cette usine de Romorantin !

Les deux frères ne s'arrêteront pas là et se diversifieront au fil des années avec succès dans d'autres secteurs et techniques de la plasturgie :

  • Industrie alimentaire : Développement de solutions d'emballage plastique spécifiques comme les bacs pour crèmes glacées.

  • Cosmétique : Création de nouvelles sociétés dédiées au conditionnement de rouge à lèvre et emballages de luxe pour la parfumerie.

  • Polystyrène expansé pour l’isolation et l’emballage d’appareils électroménager.

  • Moulage et impressions des tubes plastiques destinés aux médicaments en complément des bouchons.

  • Thermoformage pour « blisters » et autres emballages alimentaires.

À son apogée, l'ensemble des structures créé par les frères LANCESSEUR emploie plus de 500 personnes.

Elles se poursuivront au-delà des années 2000 jusqu’à la mondialisation dont les effets initient la désindustrialisation de la France, et conduira progressivement le groupe à fusionner plusieurs de ses entités avec d’autres groupes industriels , comme Süd-Chemie et Heidelberger Zement AG.

 

Pour autant ces savoir-faire nés de l'audace et l’esprit entrepreneurial des deux frères, ont jeté les bases d'une expertise industrielle qui fait encore référence aujourd'hui dans le monde entier. Cinq usines sont toujours actives en 2026.

(1) La fonction clé du gel de silice est l'adsorption (à ne pas confondre avec l'absorption). Au lieu d'éponger l'eau comme une éponge classique, les molécules d'eau viennent se fixer à la surface des pores microscopiques du gel.

·       Il peut retenir environ 30 % à 40 % de son propre poids en eau.

·       Cela permet de maintenir un taux d'humidité relative très bas dans un espace clos, évitant ainsi la condensation.

(2) Fernand LANCESSEUR , père de Bernard et François  fut un ami intime de Robert DAMON lequel possédait une propriété sur la commune de Prunier-en-sologne. Cette amitiée entre les deux familles conduira d'ailleurs au mariage de  leurs enfants François DAMON et Christiane LANCESSEUR. C'est dans cette ambiance que les deux frères ont chassé ensemble près de Romorantin avant-guerre et ont souhaité y retourner.

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Dernière mise à jour: 1er mars 2026

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