"Pour garder des "ancesseurs", les noms, les faits et l'honneur"

Généalogie et Héritage

FERDINAND LE BÂTISSEUR et sa famille
Ferdinand François LANCESSEUR est né à Saint-Etienne-du-Rouvray le 24 otobre 1830
Ferdinand LANCESSEUR et son épouse Louise LELEU vers 1883
Dès la fin du XVIIIᵉ siècle, plusieurs de nos aïeux se spécialisent dans l’entretien des chemins, alors particulièrement dégradés par le transport incessant des matériaux, bien avant l’arrivée du chemin de fer.
Le métier de base est celui de terrassier, souvent rémunéré à la journée. Certains se perfectionnent et deviennent paveurs, puis maîtres‑paveurs, capables de tailler des pavés aux formes complexes, avant d’accéder à la maîtrise de la taille de pierre.
Ferdinand LANCESSEUR est né à Saint-Etienne-du-Rouvray le 24 otobre 1830.
En1843, l’inauguration de la ligne Paris‑Rouen — prolongée quelques années plus tard jusqu’au Havre — va vite bouleverser la région.
Ferdinand François LANCESSEUR voit dans cette révolution une formidable ouverture : Paris n’est plus qu’à quatre heures de Rouen !

Ferdinand fonde sa famille et son entreprise
À 27 ans, en 1857, il fonde sa société spécialisée dans l’entretien des routes, LANCESSEUR & Cie. Il embauche des journaliers ainsi qu’un jeune comptable du village voisin, Jules François LELEU avec lequel il se lie d’amitié. Ferdinand tombe amoureux de Louise LELEU, la sœur ainée de son ami Jules, qu’il épouse le 21 septembre 1858. Louise LEest âgée de 19 ans. Trois enfants naîtront de cette union : – Ferdinand Jules en 1860, – Edmond Eugène en 1861, – Marie‑Louise en 1862.
L’entreprise LANCESSEUR & Cie connaît vite un essor remarquable, provisoirement interrompu par la guerre de 1870 et l’occupation prussienne, qui s’étend jusqu’à Saint‑Étienne‑du‑Rouvray, alors modeste village de 1 500 habitants.

Après la guerre, entre 1871 et 1875, la société LANCESSEUR & Cie se consacre surtout à lson coeur de métier, l’entretien des routes des communes autour de Rouen (sources : archives de Noos).
Sa réputation grandit et dépasse largement les frontières régionales.
C’est alors qu’après la défaite de 1870, l’État lance un vaste programme de fortifications autour de Reims et de Verdun, sur les plans du Général Séré de Rivières alors Directeur du Génie.
Les appels d'offres de l'Etat pour la construction de la ceinture de Reims

Entre 1875 et 1879, l’entreprise rouennaise LANCESSEUR & Cie remporte trois adjudications majeures, pour le Mont de Berru : la double batteries du Mont de Berru et les forts de Nogent‑l’Abbesse et de Witry‑les‑Reims !
L’enjeu est colossal, le risque est immense : les pénalités en cas de non‑respect des délais sont si importantes qu’elles pourraient ruiner l’entreprise. Mais Ferdinand relève le défi avec l'aide de beau-frère Jules François LELEU sans doute devenu directeur financier de l'Entreprise LANCESSEUR & Cie !

Afin de suivre les travaux, Ferdinand, s'installe à Reims, au 7 rue de la Renfermerie.
Ses fils, Ferdinand Jules et Edmond, âgés de 21 et 22 ans, rejoignent l’entreprise comme conducteurs de travaux vers la fin du chantier.
Un chantier colossal
pour une entreprise familiale rouennaise
D'après le recensement de 1876,il a été dénombré 60 ouvriers au fort de Witry-lès-Reims et plus de 200 à Berru et Nogent-l'Abbesse. Tous ces ouvriers, dont certains venus en famille, logeaient dans des cantines au niveau des forts ou dans les villages. Le ravitaillement en nourriture, vin et objet du quotidien devait être assuré par les commerces locaux dont l'économie se trouvait transformé.
Les travaux débutent le 1ᵉʳ novembre 1875 et s’achèvent en mars 1881, dans les délais. L’entreprise sort considérablement renforcée du succès de la réalisation de ces chantiers titanesques, tout d’ailleurs comme la fortune familiale !
Plusieurs centaines d’ouvriers — terrassiers, maçons, tailleurs de pierre, charretiers — venus de France, de Belgique ou encore de Hollande, sont recrutés et logés sur place.
Pour les rémunérer, et avec l’accord de l’État en manque de numéraire, l’entreprise LANCESSEUR & Cie émet une monnaie de nécessité, véritable ancêtre des tickets‑restaurant (photo ci-jointe).
Souvent méconnue, ces monnaies de nécessité ( ou jetons de monnaie) sont chargées d'histoire. on en trouve déjà pendant la période romaine et la révolution française.
Un monnaie LANCESSEUR !





Ferdinand LANCESSEUR décèdera malheureusement trois années plus tard, le 22 décembre 1884 à l’âge de 54 ans.
Sa femme et ses enfants hériteront alors d’un patrimoine substantiel...
Edmond LANCESSEUR investit au Maroc et en Martinique, où il s’associe avec le Baron Pierre Daniel Jullien de Saumery pour la culture et la transformation de l’ananas. Ils fondent la marque de jus de fruits Royal, encore existante aujourd’hui.
Il s’investira aussi dans la société du Vélodrome rouennais dont il est président en 1995.
Il crée enfin une filature de laine à Caudebec-lès-Elbeuf , commune dans laquelle il se marie le 26 juin 1893 avec Louise MOUCHARD avec laquelle il aura deux enfants ( Pierre, mort pour la France en 1917, et Paul)
Mais l'histoire ne s'arrête pas là....


Ferdinand Jules LANCESSEUR reprend quant à lui la société de travaux publics et poursuit son activité, principalement en région rouennaise. Il investit également dans une briqueterie et des travaux portuaires.
Il épouse Louis Gaillard à Rouen en juin 1885 avec laquelle il aura 6 enfants (Fernand, André, René, Robert , mort pour la France en 1916, Marie-Thérèse et Jean)
Sa position importante dans le milieu de la construction rouennais déterminera l’avenir de son fils André LANCESSEUR, qui deviendra architecte, métier que perpétuera plus tard aussi son petit‑fils Yves LANCESSEUR.
En l’espace d’un siècle, la famille de Ferdinand LANCESSEUR est passée du statut de paveurs travaillant « à l’horizontale » à celui de bâtisseurs, ingénieurs, industriels et architectes relevant les défis de la « verticalité ».
Cette histoire de notre famille illustre l’évolution des métiers du bâtiment, mais surtout la persévérance, l’ambition et l’esprit entrepreneurial qui, de génération en génération, ont littéralement construit sa propre « ascension ».
Sources : Livre "Sorti de l'oubli" association des amis du Fort de Nogent l'Abbesse - Manuscrits d'Edmond Lancesseur - lettre de V. HERELLE habitant de Boos - Ph Vourch Sté Denel Martinique - Généanet - Fonds d'archives de Bruno Lancesseur